Paris Développement,../Les pôles innovants/Pôle Santé/Actualités du Pôle S../Dossier Cancérologie../Cytheris : la thérapie par l’interleukine

Fondée en 1999 sous le nom de Biotech Inflection Point, Cytheris (CYtokine THERapy for the Immune System) est l’unique société francilienne spécialiste de l’utilisation thérapeutique de messagers du système immunitaire, les cytokines. En l’occurrence, sa spécialité est l’interleukine 7 (IL-7), une molécule découverte en 1988 mais dont on discerne depuis quelques années seulement les vraies potentialités.


L'IL-7 est « l’érythropoïétine (EPO) du système immunitaire », explique Michel Morre, fondateur et PDG de Cytheris, ancien de Pierre Fabre puis de Sanofi. Elle s’est révélée un facteur de croissance dont les propriétés améliorent les réponses immunitaires aussi bien contre des tumeurs cancéreuses que contre des agents pathogènes tels que le VIH. Produite dans la moelle osseuse et le thymus, elle stimule la survie et la multiplication des cellules souches et précurseurs qui donneront naissance aux « fantassins » du système immunitaire, plus particulièrement les lymphocytes T chez l’homme. De plus comparée à une autre cytokine, l’interleukine 2 (IL-2, commercialisée par Chiron), elle a l’avantage de stimuler à la fois les lymphocytes auxiliaires (dits CD4 ») et les lymphocytes « tueurs » (dits CD8), alors que l’IL-2 amplifie plutôt les populations de lymphocytes T CD4.


Plusieurs essais cliniques en cours

Depuis son premier tour de table financier de 7 millions d’euros, en octobre 2002 (un second tour va être prochainement annoncé), Cytheris a lancé cinq essais cliniques de phase I/II utilisant son IL-7 recombinante, CYT 99 007. Trois d’entre eux concernent l’oncologie.


Le premier, entrepris en janvier 2004 à Bethesda (Maryland, Etats-Unis) chez des patients atteints de mélanome métastatique, sous l’égide du National Cancer Institute (NCI), a montré la bonne tolérance du produit, ainsi qu’une augmentation rapide et significative des lymphocytes T des patients, notamment des lymphocytes CD4. Un deuxième essai de phase I en collaboration avec le NCI a confirmé la qualité des cellules produites. La troisième étude, lancée en septembre 2005 à New York, s’intéresse à l’IL-7 en tant que traitement adjuvant dans la greffe de moelle chez des malades leucémiques : lors de ces greffes, on procède à la réduction du nombre de lymphocytes T afin de diminuer le risque de réaction du greffon contre l’organisme receveur (la GvHD, Graft versus Host Disease). L’essai vise à terme à vérifier si l’IL-7 peut faciliter la reconstitution du système immunitaire chez le patient et abaisser le risque infectieux consécutif à la greffe, et à quelles doses.


Lancés en 2005, les deux autres essais de phase I étudiant l’action de l’IL-7 concernent l’infection par le VIH se déroulent simultanément dans six hôpitaux américains et cinq centres français. Cytheris, aujourd’hui basée à Issy-les-Moulineaux (avec une filiale à Rockville, pas très loin du National Cancer Institute), a cependant une autre corde à son arc. Elle a acquis les droits mondiaux exclusifs de développement et de commercialisation d’une classe d'agents immuno-modulateurs issue des recherches de trois centres new-yorkais (New York University, Aaron Diamond AIDS Research Center de l’université Rockefeller et City University of New York).


Il s’agit de glycopeptides, les « ligands NKT », capables d’activer des lymphocytes non conventionnels, les cellules NKT (natural killers T), appelées ainsi car ils possèdent à la fois des caractères de cellules NK (natural killers) et de lymphocytes T. Cette interaction aboutit à la libération par les cellules NKT de deux cytokines, l’interleukine 12 (IL-12) et l’interféron gamma (IFN-γ), qui jouent un rôle clé dans l'activation des lymphocytes T nécessaires aux réponses antitumorales et anti-infectieuses.


Des produits complémentaires

Ces ligands peuvent aussi activer les cellules dendritiques, un type de cellules de plus en plus utilisé en immunothérapie car elles reconnaissent et présentent les antigènes aux lymphocytes T. Une équipe japonaise a par ailleurs suggéré, à la suite d’expériences chez la souris, que les ligands NKT pourraient inhiber la maladie du greffon contre l’hôte (la GvHD) à la suite d’une greffe.


Pour Michel Morre, les deux produits de la panoplie de Cytheris se complètent bien : l’un, l’IL-7, détermine et supporte la production de cellules T actives contre les tumeurs et les virus ; l’autre, les ligands NKT, activent ces cellules en induisant la production des cytokines ad hoc. L’issue du tour de financement à venir devrait permettre à la société, qui compte aujourd’hui une vingtaine de chercheurs, de passer à une phase d’étude de l’efficacité thérapeutique de l’IL-7 (phase IIb) d’ici le premier trimestre 2007. Parallèlement, elle va approfondir chez l’animal la connaissance des effets des ligands NKT, en collaboration avec les chercheurs new-yorkais.


______________________

Pour en savoir plus

Cytheris

www.cytheris.com